Fresh #1 – Octobre 2018

 

Fresh, c’est un concept innovant, vu et revu, où les critiques objectives sont acceptées au même titre que les coups de coeur irrationnels et immédiats.
C’est un récap mensuel de ce qui nous a plu, moins plu, ou de ce dont nous avons simplement l’envie irrépressible de parler.
Une nouvelle série d’articles donc, qui va permettre de se focaliser sur des découvertes plus rapides, des albums coups de coeurs et des nouveautés dont nous parlerons probablement plusieurs semaines après le reste du monde. Première édition, premier aperçu de quatres découvertes récentes de l’équipe pour entamer l’automne.
Voici Fresh #1.

 

Polyphia 

Aux yeux du profane, ils n’existent probablement pas beaucoup de genres musicaux plus complexes à appréhender et décrire que le rock / metal progressif.

De par sa construction d’abord, chaotique pour le non initié, délicieusement réfléchie et éloignée de la trinité « so 2018 » couplet – montée – drop/refrain (que même la pop-rock actuelle tend à emprunter à l’EDM) pour le fan aguerri.

De par ses sonorités ensuite, et pour certains groupes, à l’instar de Polyphia, par l’absence de chant même.

C’est donc avec une oreille très peu habituée au rock et au métal progressif que j’ai entrepris de découvrir quelques groupes de « prog », et il apparaîtra très vite aux connaisseurs que j’espère rendre ici hommage au genre mais que ce sera fait avec des imprécisions et des confusions. Ces considérations prises en compte, je peux en toute quiétude dire merde à toute réclamation.

L’esprit ouvert, j’ai re-découvert Plini, que ce cher Arno avait fait écouter à la rédaction en émission cette année. Mais je suis surtout tombé sur ce petit ovni qu’est Polyphia.

Ovni à mon sens en tout cas, car proposant un mélange de sonorités que j’avais jusque là peu entendu mais qui a tout de suite fait sens pour mon oreille musicale, et mon esprit (car si la musique peut être appréhendée de façon presque mathématique, le progressif ne doit en rien jalouser la complexité de la musique classique). Cette dernière et le jazz ont-il préparé le terrain de ma culture musicale ces dernières années pour l’arrivée de ce genre ? Toujours est-il que j’ai ressenti une certaine facilité pour appréhender ce groupe, peut être due aussi à ma recherche active de progressif.

Le premier contact se fait avec la chanson Icronic et ses premières notes très fraiches et fourmillantes, qui contrastent fort avec la distorsion et les premières touches de musique électronique renforçant la suite de la chanson, et tout le métal instrumental de Polyphia.

Avec G.O.A.T ensuite, c’est une facette plus grasse, incisive et agressive de Polyphia qu’on découvre. Les notes claquent, la guitare fuse, et le tout dans une ambiance plus sombre, avec des beats dévoilant presque une affinité avec le rap.

Polyphia propose en effet un métal progressif très varié. L’influence de l’électro rappelle plus Carpenter Brut que Guetta, et les quelques vibes et beats rappelant le rap m’inspirent du gangsta old school plutôt que du Lil’ Wayne. La technicité est impressionnante sans être inaccessible, le ton est suffisamment soft pour l’amateur de rock, suffisamment métal pour celui qui ne jure que par les doubles pédales.

C’est donc avec enthousiasme que je veux conseiller ce groupe. Avec deux albums à son actif, et des singles récents, Polyphia est un groupe rafraichissant, entêtant, qui frappe exactement où il faut.

 

Starcrawler 

Si vous êtes friands des années 70 ou de punk rock, le groupe Starcrawler devrait pouvoir étancher votre soif de rock nerveux et glam grâce à son premier album. A seulement 18 ans, les membres de Starcrawler, avec à leur tête la chanteuse Arrow de Wilde, semblent pourtant avoir vécu les seventies en entier, tant les plus grands groupes de cette décennie suintent à travers leur rock frénétique, qui garde malgré tout une identité singulière.

Ce premier album, intitulé également « Starcrawler », déverse ses 10 pistes en une trentaine de minutes. Pas de place pour des solos interminables, les pistes durent entre 2 et 4 minutes. Elles sont crues, et s’enchaînent plutôt bien, malgré un certain manque de variété, inhérent au genre, qui pourra en fatiguer certains.

Quelques « balades », ou du moins chansons plus lentes viennent se glisser entre leurs soeurs plus frénétiques pour nous laisser respirer.

Ce jeune groupe fait totalement dans le rétro, jusque dans le chant désinvolte et très cash d’Arrow de Wilde. Avec son allure de patiente d’hôpital psychiatrique fraichement évadée, la chanteuse originaire de Los Angeles prend plaisir à se déhancher sur scène de façon parfois un peu étrange, parfois franchement possédée, pour revenir ensuite à ce qui semble être un simple plaisir d’être sûr scène.

Starcrawler est en tout cas un petit plaisir qui donne envie de voir ce que ce groupe deviendra, et si il parviendra à tenir la route après plusieurs albums.
A suivre avec attention!

 

 

Villagers

Et là vient le moment de décrire le genre auquel appartient ce prochain groupe. Villagers, c’est théoriquement de l’indie folk. Et pour les trois premiers albums de ce groupe irlandais, on reste dans un registre assez classique. Guitare acoustique, chant calme, production assez restreinte. Mais ce serait totalement réducteur de considérer le nouvel album , « The Art of Pretending to Swim », comme un énième album d’indie proprette qui déclencherait les ronflements de la moitié de l’assemblée. J’ai beau aimer le genre, il a peu tendance à se renouveler et à proposer des productions impressionnantes.

Avec cet album, Villagers va chercher plus loin. D’abord au niveau de l’instrumentalisation, ultra fournie, qui brise totalement avec ce qui a été fait dans leur carrière jusque là. On retrouve trompettes, chiptune et autres synthés, basse omniprésente, et cordes en support, tous se répondant intelligemment.
Enfin, les musiciens de Villagers ont trouvé dans cet album le moyen d’insuffler une âme particulière à chaque chanson, et ça fait du bien. Chaque chanson a son originalité, et un niveau de production vraiment satisfaisant qui lorgne plus vers Radiohead que vers Imagine Dragons, tout en prenant sur le chemin tout ce qu’il y a de bon dans la musique pop actuelle!

 

The Blaze

Succès fulgurant pour ce duo français connu d’abord pour quelques clips (plus de 20 millions de vues réparties sur 3 vidéos), sortis entre février 2017 et cet été. Très inspirés, ceux-ci sont presque des courts-métrages aux protagonistes dansant à travers leur vie. Les créateurs de ces clips à succès? Guillaume et Jonathan Alric, deux producteurs, réalisateurs, et cousins. Leur savoir faire en terme de réalisation est flagrant, plutôt inspiré. Les clips sont calibrés à la perfection aux chansons (à moins que ce ne soit l’inverse?).

Après ce succès sur Youtube, le challenge était ensuite de sortir un album, et c’est chose faite avec « Dancehall », sorti le 7 septembre dernier.

Le long de cet album de 10 pistes et 38 minutes au total, tout semble fait pour nous envelopper dans un cocon d’émotions, pour un résultat jamais agressif, un peu répétitif pour un album entier, mais suffisamment intéressant pour que la recette fonctionne!

La construction relativement répétitive et progressive des pistes, ainsi que la voix pitched down présente sur une majorité des titres de l’album résultent en un ton mi-rassurant mi-anxiogène. La dizaine de piste séduit, à tour de rôle, grâce à une pointe de nostalgie, un besoin communicatif de danser une nuit entière, un sentiment de solitude…
Bref, un cocktail classique qui représente bien la réalité de la vie, ses épreuves, et ses plaisirs simples.

Le tout est produit de façon efficace, mais reste un peu trop rond, un peu répétitif, et donc vite prévisible.
L’album reste cependant intéressant, et mérite de s’y abandonner quelques dizaines de minutes!

Article : Romain CHARLES